La technologie "antisens"
La thérapie antisens est un type de traitement des maladies dans lesquelles une seule protéine est reconnue comme constituant la cause majeure de la maladie. Les médicaments antisens sont élaborés pour stopper la production de ces protéines pathogènes qui sont synthétisées dans la cellule (Figure 2). Les molécules antisens sont synthétisées pour se lier spécifiquement à l’ARN messager (ARNm) qui est responsable de la traduction de la protéine pathogène au sein du ribosome (Figure 3). La production de la protéine est ainsi stoppée (Figure 3).
Figure 2. Synthèse d’une protéine dans une cellule.
Les informations nécessaires pour la synthèse d’une protéine sont contenues dans l’ADN présent dans le noyau de la cellule. Une copie de ces informations est exportée à partir du noyau sous forme d’ARNm. Dans le cytoplasme (intérieur de la cellule), les ribosomes (sites de production des protéines) utilisent l’ARNm comme plan directeur pour synthétiser une nouvelle protéine fonctionnelle.

Figure 3. Inhibition de la production des protéines par les molécules antisens.
Les molécules antisens se lient spécifiquement à une partie prédéfinie de l’ARNm, stoppant ainsi le processus de synthèse de la protéine. L’ARNm est une molécule simple brin que les ribosomes utilisent comme plan directeur pour fabriquer les protéines. Le simple brin est appelé « sens », car sa traduction a pour résultat le produit d’un gène (la protéine). Lorsque l’ARNm se lie à l’ADN antisens pour former une molécule double brin, cette traduction est bloquée puisque le ribosome ne peut pas accéder à l’ARNm dit « sens ».
Le brin « sens » de l’ARNm ne peut être lu que dans cette direction par le ribosome.
Le brin antisens, qui est complémentaire de l’ARNm de la molécule cible, empêche la lecture du brin « sens ».

Les médicaments antisens constituent donc une nouvelle méthode de thérapie ciblée visant à supprimer la synthèse de protéines responsables de maladies ; Ils sont actuellement évalués pour le traitement de différents types de cancers, incluant les cancers du cerveau, du pancréas, de la peau, le cancer colorectal et le cancer du poumon.
L’utilisation de médicaments antisens constitue une stratégie prometteuse dans le traitement de pathologies pour lesquelles les traitements conventionnels restent insatisfaisants. Le médicament antisens trabedersen (AP 12009), dirigé contre le TGF-ß2, a d'ores et déjà montré un bénéfice clinique considérable dans le traitement des gliomes de haut grade et est actuellement évalué au cours d'une étude de phase III. En plus de cette étude, une étude de phase I/II est en cours chez des patients présentant un cancer du pancréas, un mélanome malin (cancer de la peau) ou un carcinome colorectal.